Exil...

Exil...
"Ainsi le marinier souvent pour tout trésor
Rapporte des harengs en lieu de lingots d'or,
Ayant fait, comme moi, un malheureux voyage."


Pour les connaisseurs, le meilleur de Du Bellay.
Pour les placides, une complainte fade et l'appitoiement triste d'un homme parmi d'autres.
Et pour moi, l'expression la plus vive d'un sentiment terrible que je vois croître en moi.




Passées les réjouissances et l'enthousiasme des premiers temps, vient vite le constat de la surface lisse de toutes choses ici.
Des relations légères, des discussions frivoles, la superficialité me guette, et me mine. Que me manquent les mots de la langue française, leur sonorité douce, leur musique et leur goût, lorsque je les prononce! Que me manquent les rires que jadis même ne remarquais, l'affection tendre et vraie de ceux que j'ai quittés!
Je songe à Andromaque, et me vois tel un cygne dans les rues de la ville terne et grise où le spleen a déployé son empire. Je comprends la douleur et la vie à Jersey, et ceux qui auraient toutes raisons d'être heureux, et qui, faute de mieux, s'acharnent à voir leur vie en couleurs fânées, pour croire encore un peu que le voyage est beau, et qu'ils savent l'aimer.
Au lieu de quoi, leur manque le pays qu'ils ont fuient, éconduit; ce pays même où vaine leur vie leur semblait, mais qui pour eux jamais n'a cessé d'exister...

# Posted on Saturday, 11 October 2008 at 3:34 PM

Edited on Wednesday, 07 October 2009 at 6:30 AM